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  • [12 juin 2006]
    TENNIS
    Rafael Nadal, féroce maître de la terre


    Jean-Julien Ezvan
    Le Figaro

    LE CRISTAL s'est brisé sur le marbre. La grâce n'a pas résisté à la force plongée dans la froideur. Rafael Nadal, toréador fougueux dans une arène brûlante, a empilé un soixantième succès consécutif (1-6, 6-1, 6-4, 7-6 en 3 heures 02 minutes) sur terre battue, conservé son titre à Paris (14 matchs gagnés sur 14 disputés en deux éditions !). Impitoyable maître de la terre. A 20 ans seulement. «Mon secret ? Me battre, essayer de faire de mon mieux», glisse avec sobriété le lauréat.

    Roger Federer, comme avant lui John McEnroe ou Stefan Edberg (qui remit le trophée hier), bute sur la dernière marche des Internationaux de France. Le dernier attaquant vainqueur porte d'Auteuil demeure Yannick Noah. En 1983. Après Monte-Carlo et Rome, l'Espagnol domine une troisième fois son rival sur terre cette saison, écrase (6-1) leurs confrontations au terme d'un sommet éclairé par un courant alternatif, n'atteignant que par séquences l'intensité escomptée.

    Après un premier set accroché mais au score en trompe-l'oeil (6-1, en 37 minutes pour Federer), la finale chavire à l'entrée de la deuxième manche. Erreur d'appréciation, le numéro un mondial bafouille trois balles d'égalisation à 1 jeu partout. Conséquences abyssales. Vases communicants. D'un côté, une confiance ébréchée. De l'autre, une nervosité enterrée redonne vie à des jambes, vigueur à des coups. Les jeux défilent pour l'Espagnol. «Après un premier set facilement remporté, normalement je ne laisse pas passer de telles opportunités...», soupire Federer.

    Federer : «Je voudrais gagner ici»

    L'Espagnol tient sa proie, envoie voler en éclats la sérénité et la maîtrise du Suisse devenu vulnérable. Nadal trouve des angles oubliés, assène ses coups avec puissance et régularité, malmène le numéro un mondial, l'accule dans les cordes. Touché, sonné (51 fautes directes). Lucidité évaporée (6-1 en 32 minutes, puis 6-4 en 55 minutes). L'esthète helvète au revers martyrisé par le lift agressif, pénétrant, subit les coups répétés du puncheur ibère. Le Suisse, physique érodé, semble égaré sur une terre devenue hostile. Tapis soudain instable. Jeu devenu fragile, il perd son service d'entrée dans le quatrième set. La magie de ses coups a disparu. L'impatience l'étreint, l'impuissance le fissure. L'étau Nadal a réussi son tour de force, même si un sursaut offre au Suisse un tie-break pour repousser l'échéance.

    Mais sur sa première balle de match, une volée de coup droit parfaitement ajustée à mi-court (7-4) propulse Nadal dans la cour des très grands. L'Espagnol jette sa raquette, abandonne son bandeau, roule sur la terre comme un enfant sur le sable, avant d'escalader, tee-shirt maculé, cheveux ébouriffés les tribunes pour partager son bonheur foudroyant avec ses proches : «C'était spécial parce que j'ai connu des moments difficiles (blessure au pied) en début de saison. Je ne savais pas si je pourrais revenir au même niveau. La saveur est excellente.»

    Une série à la Borg

    Le quatrième choc de l'histoire porte d'Auteuil entre les têtes de série numéros un et deux abandonne Federer exsangue. Le club des vainqueurs de tous les titres du Grand Chelem reste pour l'instant fermé (Budge, Perry, Laver, Emerson et Agassi). «Peut-être que j'aurais en fin de carrière le sentiment d'avoir laissé passer une occasion...», souffle Federer qui a laissé s'échapper sa première finale (en huit apparitions) de Grand Chelem. Et de promettre : «je voudrais gagner ici, cela me donne une motivation supplémentaire.» Fair-play, il a ensuite salué le succès de son rival. Avant de s'éclipser.

    Rafael Nadal peut, à Roland-Garros, viser une série à la Borg (six titres entre 1974 et 1981) en espérant étendre son royaume. Roger Federer, une fois la déception et la frustration balayées, ira planter ses habitudes du côté de Wimbledon, où il règne avec trois sacres consécutifs. Federer-Nadal, une rivalité qui jette les poursuivants dans l'ombre, mais a rendu de l'éclat à un circuit qui se réjouit de voir trôner en vitrine le cristal et le marbre.


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